• Reader for Blind

Elle, moi.


Traduzione di Elena Ramella dal racconto: "Lei, io" di Giorgia Bianchin pubblicato sul nostro sito il: 05/05/2016


Je t’observe pendant que tu regarde le vide derrière cette sale fenêtre. Ton regard griffe le vitre de ta solitude. C’est un jour comme tant d’autres chez nous, je suis ta maigre silhouette, assise immobile sur cette chaise. Tu n’est pas fanée, tu n’est pas finie, tu es seulement dépourvue de lumière. Comment me tourment de te voir bouger ta bouche sans émettre pas un seul mot. Tu parles sans cesse, mais je n’arrive pas à t’entendre, ni avec mes oreilles, ni avec mon cœur. Tu bouges d’avant en arrière en faisant plein des signes comme si à te regarder il y avait un théâtre entier . Soudainement tu te lèves, tu prends une brosse et tu mets moi assise sur cette chaise. Maintenant c’est moi assise immobile à regarder ma tristesse. Je te laisse faire, pendant que tu brosses énergiquement mes longues cheveux, tu les arraches sans penser, dans cette maison qui sent la moisissure.

Je laisse que cet moment soit le moment où tu te connectes avec moi, laisse-moi croire qu’il soit ton acte d’amour. Combien de fois j’aurais voulu que l’air se remplissait du parfum des biscuits, tu sais, cet arome de la dimanche matin, du soleil, du printemps qu’il y a souvent dans les maisons des gens normaux. Oui, parce que on n’est pas normaux. Tu parles, tu parles encore, mais seulement dans ta tête. Qui suis-je ? Qui es-tu ? Tu t’arrêtes en laissant la brosse toucher le sol, tu t’enfuis dans ta chambre et je te suis, je dois toujours te suivre. Tu veux t’enlever cette robe colorée et festive qui te détache de ton être seule, tu palabres quelque chose pendant que de l’armoire sortent des robes en désordre. Je sais qu’est-ce que tu cherches, tu veux toujours la même robe, bien que je la cache toujours au fond de l’armoire. Tu adores les perles grises qui ornent le collet de cette robe usée et désormais trouée, tu passes tes doigts sur chacune des changeantes petites sphères comme si elles étaient bébés à caresser. Chaque jour tu te merveilles en découvrant leur reflet. Parfois je t’envie, tu sais ? Tu est ma mère et tu passes tes jours à rouler le temps dans des pelotes de fil, tu rembobine ta vie qui n’existe plus, tu pleures sur cet passé qui t’a été pris. Avec des mouvements indélicats, brusques, mal cordonnées, mécaniques, démodés, tu t’habilles, tu plisses les yeux, tu respires en plissant la bouche. Tu es les couleurs négligés, tu est le blanc et le noir qui personne ne veut plus voir. Tu retournes devant ta fenêtre à bouger les lèvres, en formulant des pensées inaccessibles. Je recueille la brosse et je retournes écrire les mots que tu n’est plus capable de dire.

#giorgiabianchin #elenaRamella #raccontiinfrancese

27 visualizzazioni